La Flotte d'Annemasse

Historique de la section d'Annemasse
Retourans 60 - 70 1990- 2000 

    

       L’histoire de la Flotte d’Annemasse se confond avec celle

de ses présidents successifs, et d’abord celle du fondateur  Gaby Gebler,

qui partit le 25 mars 2002, cinquante ans  après la création de la section.

      Un demi siècle de souvenirs communs, à revivre

 avant de feuilleter l’album de photos..

 

Gabriel Gebler      

1919-2002          

 Savoyard d’adoption

 

         Né à Metz en 1919, Gaby Gebler s’engage à 18 ans dans la Marine Nationale, comme mécanicien. Son navire, le D’Entrecasteaux embarque pour Dakar et les Antilles, et peu après la guerre éclate. Gaby ne reverra pas sa terre de Lorraine occupée par les Allemands.

         En 1941, sur l’invitation d’un « gars de la Marine » originaire de Ville la Grand, où commence la grande gare de triage du Genevois Français,  il se réfugie en Haute Savoie et devient cheminot : d’abord sur le « Petit Samoëns », un tortillard qui desservait les villages de Mieussy, Taninges et Samoëns, fréquenté par les Annemassiens pour « aller au ravitaillement », mais aussi par les maquisards. Gaby entre dans la Résistance et devient chef de groupe. Son mariage le rend père de deux petites filles, Andrée et Nelly.

         Il s’est trouvé une seconde petite patrie qu’il ne quittera plus; mais brutalement c’est l’épreuve : à 33 ans Gaby devient veuf et se retrouve seul. Plus tard, remarié à Léontine, il sera confronté à un second veuvage.

  

Le Bal de la Marine

          En 1952, motivé par ses nombreux collègues du PLM (ligne ferroviaire Paris-Lyon-Marseille) issus de la Marine Nationale, il crée une section locale de La Flotte. A Annemasse, il s’agit surtout d’apporter réconfort et amitié à des anciens marins échoués comme lui à la gare ou à la douane, et de créer un groupe qui dépassera vite la centaine. Heureux d’organiser fêtes, banquets, lotos et voyages, Gaby s’entoure d’une équipe dévouée et dynamique, qui fera danser pendant plus de vingt ans les jeunes de toute la région au Bal de la Marine.

         Partageant volontiers son goût pour la bonne chère et la bonne humeur, Gaby est également un humaniste et un fin lettré : l’Amicale a constitué sa propre bibliothèque et les livres circulent entre les adhérents. Une caisse de solidarité ainsi que des prêts sur l’honneur  sont institués : André Truffat, un intègre horloger de la rue René Blanc, en est le gestionnaire avisé.

Autre tradition pendant les activités de l’amicale : la neutralité politique et religieuse qui permet de tisser un lien social entre des personnes venues de tous horizons. C’est là que ma mère découvrit la diversité de la nature humaine…et sa richesse!

   

  Cérémonies et Centenaire

          Ayant pris la belle habitude de pavoiser sous les drapeaux, au soleil et au son de la Musique des Equipages, les Marins d’Annemasse  profondément patriotes, entreprirent d’organiser le Congrès National de 1960, à l’occasion du centenaire du rattachement de la Savoie à la France.

         Dans les rues d’Annemasse se côtoyèrent les rutilants costumes des groupes folkloriques locaux et les uniformes, non moins seyants, des matelots de l’équipage de l’escorteur « Le Savoyard ». Le bagad de Lann Bihoué, venu de Lorient pour l’occasion fit sonner les binious devant l’hôtel de Ville.

         Une manifestation haute en couleurs qui fut reconduite en 1969 pour un nouveau Congrès rassemblant les Flottards de tout le pays près des rives du lac Léman .

         L’amiral Louis Porte, Président National d’alors s’adressa en ces mots à Henri Jeantet : « Monsieur le Maire, par la contribution généreuse de votre municipalité, vous avez permis à nos valeureux amicalistes d’Annemasse de porter ce Congrès de 1969 à un degré jamais atteint de ferveur, de solennité et surtout de solidarité chère aux gens de la mer. Votre ville a prouvé qu’elle était l’égale des grandes villes maritimes de France – Vive Annemasse ! -»

 

 Larguer les amarres

          Après ce Congrès, Gaby se consacra davantage à sa famille, et reprit des voyages à travers le monde, sans jamais oublier de payer sa cotisation annuelle et de s’enquérir de sa chère amicale. Dans les années 70 pour la Pentecôte, les Marins dépensaient ensemble les bénéfices du Loto hivernal. L’amicale, sous la houlette du regretté Raymond Buisson, emmenait alors des autocars remplis d’adhérents, en famille, à la découverte de l’Alsace, la Normandie, le Tyrol, Venise, le Luxembourg …En famille, pour ne pas séparer davantage les couples éprouvés par les déplacements et les longues semaines de travail. Et en voyage, parce que la maison, c’est comme un port d’attache, on est content de larguer les amarres pour prendre le large !!

 Parfois aussi on rendait  visite à la jeune section de Saint-Laurent du Pont, en Isère.

 Mon père, Alfred Velluz, était alors porte-drapeau, bricoleur indispensable de ces soirées mémorables de Loto, puis devint le secrétaire chargé d’envoyer les nombreux compte - rendus et diverses invitations. Le soir, toute la famille lui donnait un coup de main.

 

Une belle mission

          Raymond Buisson recruta quelques trentenaires, et prépara doucement  sa succession.

         Gérard Roux, devenu président, organisa un grand Bal de la Marine où je fis la connaissance de mon mari, en octobre 1990. Chaque année en juin il préparait le méchoui en plein air, suivi de parties de pétanque arrosées, et  fit découvrir son cher Sud Ouest aux gastronomes savoyards, les inscrivant aux Congrès de Royan, Libourne et Arcachon - Nord

Bassin. En 1997 ce fut le Congrès National,  sous la bannière de la Musique des Equipages de la Flotte de Toulon : une belle aventure un peu au dessus de nos moyens ( mais belle !).

         En 1999 Gaby nous donna l’occasion de remplir encore une salle de restaurant : il souffla 80 bougies et prépara avec Gérard les 50 ans de la Flotte.

         La disparition soudaine de Gérard à la fin Juin 2001 sema la consternation, pour longtemps. Vous qui l’avez connu aux Congrès d’Annemasse et de Libourne, pourrez lire sur ce site l’hommage qui lui est consacré. Merci encore à Maurice Rivat et à la Flotte du Nord Bassin pour nous avoir tant aidés pendant la cérémonie en mer.

         Gaby Gebler nous quitta aussi, en mars 2002 et ses deux filles qui sont de  fidèles adhérentes, affirment que nous poursuivons  une belle mission : celle de faire encore exister la Flotte loin des ports et des cambuses !

 

  Suivre le sillage  

         La section aborda les années 2000 avec un moral au plus bas. Le tout jeune Président Franck Wallrich désigné par Gérard, tentait de nous faire rire et  nous racontait avec fierté qu’à Toulon il fut un instructeur redoutable surnommé  Enculator ! C’est lui qui se chargea de présider les cérémonies des 50 ans de la Flotte à Annemasse et je dois dire qu’il nous surprit par la profondeur de ses discours. Il nous renforça en s’appuyant sur la base : Honneur, Patrie, Valeur, Discipline. Lorsqu’il fut muté à Grenoble, il nous fallut de nouveau trouver un Président.    C’est Joseph Cluzel, du haut de ses 80 ans,  qui permit à l’amicale de garder le cap en lui offrant un nouveau siège dans une belle Brasserie du centre ville. Il fallait quitter le café du Beulet, changer de décor ou serrer les dents à chaque réunion. Plus personne pour organiser le Loto. Et surtout trop de souvenirs, trop de chaises vides…

         Malgré tous ses efforts Joseph ne put empêcher la maladie de le tourmenter et passa les commandes. Avec lui, c’est toute la Section qui  prit un coup de vieux.

          Aujourd’hui les adhérents de l’amicale plus que cinquantenaire, fidèles à leur devise « Unis comme à bord », resserrent les rangs derrière leur 6ème président Didier Lazareth, un discret sous-marinier qui fut longtemps le Trésorier avisé de la Section. Ils ont en commun l’expérience inoubliable de la vie à bord, faite d’efficacité et de solidarité, ainsi que le désir de perpétuer la mémoire de leurs camarades, amis de longue date ou marins péris en mer. Ils se retrouvent régulièrement dans le sillage de leurs joyeux présidents disparus, autour de tables plus petites mais bien garnies, dans une ambiance chaleureuse qu’affectionnent toujours les marins.

         Quand les verres sont vides, le président compte les quelques compagnons qui lui restent d’un air songeur et sort  allumer sa pipe. Il sait bien qu’il verra plus de départs que d’arrivées,

mais il n’est pas prêt à désarmer ! La communication facilitée par Internet lui permet de rompre l’isolement, la secrétaire a une bonne cave, et les rencontres régionales et nationales de La Flotte donnent encore de grands moments d’amitié marine. Alors…on continue !                                                

 Marie-Christine Egger-Velluz   

14 mars 2007