
L’histoire de la
Flotte d’Annemasse se confond avec celle
de ses
présidents successifs, et d’abord celle du fondateur
Gaby Gebler,
qui partit
le 25 mars 2002, cinquante ans après la création
de la section.
Un demi siècle de souvenirs communs, à revivre
avant de feuilleter l’album de photos..
Gabriel Gebler
1919-2002
Savoyard
d’adoption
Né à Metz en 1919,
Gaby Gebler s’engage à 18 ans dans la Marine Nationale,
comme mécanicien. Son navire, le D’Entrecasteaux
embarque pour Dakar et les Antilles, et peu après la
guerre éclate. Gaby ne reverra pas sa terre de Lorraine
occupée par les Allemands.
En 1941, sur
l’invitation d’un « gars de la Marine » originaire de
Ville la Grand, où commence la grande gare de triage du
Genevois Français, il se réfugie en Haute Savoie et
devient cheminot : d’abord sur le « Petit Samoëns », un
tortillard qui desservait les villages de Mieussy,
Taninges et Samoëns, fréquenté par les Annemassiens pour
« aller au ravitaillement », mais aussi par les
maquisards. Gaby entre dans la Résistance et devient
chef de groupe. Son mariage le rend père de deux petites
filles, Andrée et Nelly.
Il s’est trouvé
une seconde petite patrie qu’il ne quittera plus; mais
brutalement c’est l’épreuve : à 33 ans Gaby devient veuf
et se retrouve seul. Plus tard, remarié à Léontine, il
sera confronté à un second veuvage.
Le Bal de la Marine
En 1952,
motivé par ses nombreux collègues du PLM (ligne
ferroviaire Paris-Lyon-Marseille) issus de la Marine
Nationale, il crée une section locale de La Flotte. A
Annemasse, il s’agit surtout d’apporter réconfort et
amitié à des anciens marins échoués comme lui à la gare
ou à la douane, et de créer un groupe qui dépassera vite
la centaine. Heureux d’organiser fêtes, banquets, lotos
et voyages, Gaby s’entoure d’une équipe dévouée et
dynamique, qui fera danser pendant plus de vingt ans les
jeunes de toute la région au Bal de la Marine.
Partageant
volontiers son goût pour la bonne chère et la bonne
humeur, Gaby est également un humaniste et un fin
lettré : l’Amicale a constitué sa propre bibliothèque et
les livres circulent entre les adhérents. Une caisse de
solidarité ainsi que des prêts sur l’honneur sont
institués : André Truffat, un intègre horloger de la rue
René Blanc, en est le gestionnaire avisé.
Autre tradition pendant les
activités de l’amicale : la neutralité politique et
religieuse qui permet de tisser un lien social entre des
personnes venues de tous horizons. C’est là que ma mère
découvrit la diversité de la nature humaine…et sa
richesse!
Cérémonies et Centenaire
Ayant pris la belle habitude de pavoiser sous les
drapeaux, au soleil et au son de la Musique des
Equipages, les Marins d’Annemasse profondément
patriotes, entreprirent d’organiser le Congrès National
de 1960, à l’occasion du centenaire du rattachement de
la Savoie à la France.
Dans les rues
d’Annemasse se côtoyèrent les rutilants costumes des
groupes folkloriques locaux et les uniformes, non moins
seyants, des matelots de l’équipage de l’escorteur « Le
Savoyard ». Le bagad de Lann Bihoué, venu de Lorient
pour l’occasion fit sonner les binious devant l’hôtel de
Ville.
Une
manifestation haute en couleurs qui fut reconduite en
1969 pour un nouveau Congrès rassemblant les Flottards
de tout le pays près des rives du lac Léman .
L’amiral Louis Porte,
Président National d’alors s’adressa en ces mots à Henri
Jeantet : « Monsieur le Maire, par la contribution
généreuse de votre municipalité, vous avez permis à nos
valeureux amicalistes d’Annemasse de porter ce Congrès
de 1969 à un degré jamais atteint de ferveur, de
solennité et surtout de solidarité chère aux gens de la
mer. Votre ville a prouvé qu’elle était l’égale des
grandes villes maritimes de France – Vive Annemasse ! -»
Larguer
les amarres
Après ce Congrès, Gaby se
consacra davantage à sa famille, et reprit des voyages à
travers le monde, sans jamais oublier de payer sa
cotisation annuelle et de s’enquérir de sa chère
amicale. Dans les années 70 pour la Pentecôte, les
Marins dépensaient ensemble les bénéfices du Loto
hivernal. L’amicale, sous la houlette du regretté
Raymond Buisson, emmenait alors des autocars remplis
d’adhérents, en famille, à la découverte de l’Alsace, la
Normandie, le Tyrol, Venise, le Luxembourg …En famille,
pour ne pas séparer davantage les couples éprouvés par
les déplacements et les longues semaines de travail. Et
en voyage, parce que la maison, c’est comme un port
d’attache, on est content de larguer les amarres pour
prendre le large !!
Parfois aussi on rendait visite à la jeune section de
Saint-Laurent du Pont, en Isère.
Mon
père, Alfred Velluz, était alors porte-drapeau,
bricoleur indispensable de ces soirées mémorables de
Loto, puis devint le secrétaire chargé d’envoyer les
nombreux compte - rendus et diverses invitations. Le
soir, toute la famille lui donnait un coup de main.
Une belle mission
Raymond Buisson recruta quelques trentenaires, et
prépara doucement sa succession.
Gérard Roux,
devenu président, organisa un grand Bal de la Marine où
je fis la connaissance de mon mari, en octobre 1990.
Chaque année en juin il préparait le méchoui en plein
air, suivi de parties de pétanque arrosées, et fit
découvrir son cher Sud Ouest aux gastronomes savoyards,
les inscrivant aux Congrès de Royan, Libourne et
Arcachon - Nord
Bassin. En 1997 ce fut
le Congrès National, sous la bannière de la Musique des
Equipages de la Flotte de Toulon : une belle aventure un
peu au dessus de nos moyens ( mais belle !).
En 1999 Gaby
nous donna l’occasion de remplir encore une salle de
restaurant : il souffla 80 bougies et prépara avec
Gérard les 50 ans de la Flotte.
La disparition
soudaine de Gérard à la fin Juin 2001 sema la
consternation, pour longtemps. Vous qui l’avez connu aux
Congrès d’Annemasse et de Libourne, pourrez lire sur ce
site l’hommage qui lui est consacré. Merci encore à
Maurice Rivat et à la Flotte du Nord Bassin pour nous
avoir tant aidés pendant la cérémonie en mer.
Gaby Gebler
nous quitta aussi, en mars 2002 et ses deux filles qui
sont de fidèles adhérentes, affirment que nous
poursuivons une belle mission : celle de faire encore
exister la Flotte loin des ports et des cambuses !
Suivre le sillage
La section
aborda les années 2000 avec un moral au plus bas. Le
tout jeune Président Franck Wallrich désigné par Gérard,
tentait de nous faire rire et nous racontait avec
fierté qu’à Toulon il fut un instructeur redoutable
surnommé Enculator ! C’est lui qui se chargea de
présider les cérémonies des 50 ans de la Flotte à
Annemasse et je dois dire qu’il nous surprit par la
profondeur de ses discours. Il nous renforça en
s’appuyant sur la base : Honneur, Patrie, Valeur,
Discipline. Lorsqu’il fut muté à Grenoble, il nous
fallut de nouveau trouver un Président. C’est Joseph
Cluzel, du haut de ses 80 ans, qui permit à l’amicale
de garder le cap en lui offrant un nouveau siège dans
une belle Brasserie du centre ville. Il fallait quitter
le café du Beulet, changer de décor ou serrer les dents
à chaque réunion. Plus personne pour organiser le Loto.
Et surtout trop de souvenirs, trop de chaises vides…
Malgré tous ses
efforts Joseph ne put empêcher la maladie de le
tourmenter et passa les commandes. Avec lui, c’est toute
la Section qui prit un coup de vieux.
Aujourd’hui
les adhérents de l’amicale plus que cinquantenaire,
fidèles à leur devise « Unis comme à bord », resserrent
les rangs derrière leur 6ème président Didier Lazareth,
un discret sous-marinier qui fut longtemps le Trésorier
avisé de la Section. Ils ont en commun l’expérience
inoubliable de la vie à bord, faite d’efficacité et de
solidarité, ainsi que le désir de perpétuer la mémoire
de leurs camarades, amis de longue date ou marins péris
en mer. Ils se retrouvent régulièrement dans le sillage
de leurs joyeux présidents disparus, autour de tables
plus petites mais bien garnies, dans une ambiance
chaleureuse qu’affectionnent toujours les marins.
Quand les
verres sont vides, le président compte les quelques
compagnons qui lui restent d’un air songeur et sort
allumer sa pipe. Il sait bien qu’il verra plus de
départs que d’arrivées,
mais il n’est pas prêt à
désarmer ! La communication facilitée par Internet lui
permet de rompre l’isolement, la secrétaire a une bonne
cave, et les rencontres régionales et nationales de La
Flotte donnent encore de grands moments d’amitié marine.
Alors…on continue !
Marie-Christine
Egger-Velluz
14 mars 2007
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