|
|
MARINE et INDUSTRIE
LA FLOTTE de la VALLÉE du GIER
« Flotte de la Vallée du Gier » en un lieu si lointain des bords de la mer. Situons ,pour mémoire, la vallée du Gier : voyez l’axe Lyon–St Etienne, une rivière : le Gier qui descend du massif du Pilat puis suit la dépression qui va de St Chamond à la vallée du Rhône pour devenir à Givors un affluent de ce fleuve. La présence de ce petit groupe de marins, pour la plupart venant de la Marine Nationale, s’explique par le développement de l’industrie dans la région. Tout commence, à partir du XVème siècle, par l’exploitation du charbon à St Etienne, aux alentours, et dans la vallée du Gier. Le charbon, source d’énergie, pour être exploité a des besoins d’outillage et c’est la création des premières forges. L’activité des hommes aidant, les forges se développent au fil du temps, elles deviennent des usines qui travaillent dans plusieurs secteurs de la métallurgie puis de la sidérurgie, les clients se diversifient parmi lesquels ont trouve, dès le début du XIXème siècle la Marine. Des sociétés plus importantes sont crées telles : les Aciéries de la Marine, Jacob Holtzer, La Chaléassiere, etc et Marrel. Ces sociétés ont occupé un nombre important de personnes spécialisées, certaines en raison de leur profession ont été appelées à servir dans la marine d’Etat, des vocations sont nées, des marins des arsenaux sont venus sur place, des contrôleurs de la marine ont été désignés pour vérifier les fabrications. …Bref, la Marine était là. Pour plus de détails sur cette activité industrielle examinons l’une de ces sociétés, prenons par exemple l’une d’elles : Marrel, (les autres citées plus haut sont devenues au fil du temps la CAFL puis Creusot-Loire). L’histoire commence par l’atelier de forge de François Marrel, à St Martin la Plaine, ( petit bourg situé près de Rive de Gier), dans lequel était forgé du matériel our les mines, mais aussi des boulets ramés pour les arsenaux de la Première République. Les descendants de François Marrel prirent la suite et développèrent l’affaire à tel point que l’usine de Rive de Gier fut fondée en 1853 pour remplacer celle de St Martin ; l’outillage fut perfectionné pour la fabrication de grosses pièces : arbres droits et coudés, pièces de charpentes pour navires et à partir de 1860 le forgeage des plaques de blindage marine, et ensuite la fabrication de tubes de canons avec l’opération de trempage vertical.. Ajoutons, pour mémoire, qu’en 1855 Marrel acheta à Marseille les Forges de la Capelette , il lui donna une activité de grosse forge et la fabrication d’ancres articulées et chaînes de navires, cette usine fut fermée peu avant la seconde guerre mondiale. En 1868,devant la progression de la société, les Frères Marrel firent édifier, sur la commune de Chateauneuf, à la limite de Rive de Gier, l’usine des Etaings laquelle devait devenir la pièces maîtresse de Marrel et prendre plus tard sous le nom des Aciéries MARREL Frères S.A., une belle renommée dans le domaine des aciers fins et spéciaux. L’usine des Etaings a comporté dès sa mise en marche : des ateliers de laminage et gabariage de pièces de blindage, de tôles et produits profilés avec des opérations de trempe et recuits, un atelier de tours à cylindres et un autre de gros pilons. Une fonderie d’acier et fonte comportait une fonderie d’acier au creuset (pour les gros obus). Il y avait aussi les ateliers d’accompagnement. La société a connu une progression constante, avec des succès reconnus par les clients français et étrangers, ceci jusqu'à la fin de la première guerre mondiale. Après une période moins facile, les investissements purent reprendre dans la décade des années 30. Il faut citer au cours de cette période l’édification du Train Quarto de laminage de plaques épaisses, lequel train, modernisé depuis, a la particularité d’avoir une largeur de table de 4 m 700 et de 1 m 400 de levée, (il est encore maintenant l’un des plus larges d’Europe). Les laminoirs (produits longs) furent modernisés de même que les fours et installations annexes. En 1946 l’usine dispose de 2 fours Martin de 100 tonnes et un four électrique de 15 tonnes. En 1964 la société décide l’abandon de l’activité grosse forge au profit de la spécialisation des aciers et du développement du secteur des tôles hyper lourdes. En 1965 la nouvelle aciérie électrique est inaugurée, elle comporte un four électrique, à voûte pivotante, d’une capacité de 70 tonnes. Un second four identique est installé peu après. Le tout est complété par une unité d’affinage et une unité de dégazage et additions sous vide laquelle est à l’époque unique en France, un laboratoire d’analyses spectrographique est installé sur la plate-forme du four. Les coulées en lingotières sont effectuées selon le procédé en source. A cette date la Tôlerie dispose, outre le train quarto, de trois fours de traitements thermiques, une planeuse de 4 m 700, une presse à dresser de12000 tonnes, une unité de grenaillage et parachèvements. Les laminoirs produits longs sont constitués d’un train dégrossisseur de 700 et un ensemble de trains finisseurs de 400 et 300, de fours de traitements thermiques, de diverses machines de parachèvements et de première transformation, de divers dispositifs de contrôles . Outre les éléments de production, l’usine comporte un important laboratoire incluant les contrôles, un entretien central, des services administratifs et commerciaux. Au début des années 70 l’effectif total avoisine les 2000 personnes. La crise pétrolière de 1973-1974 et les concentrations ordonnées en haut lieu viendront balayer ce bel ensemble par son absorption par le groupe Creusot-Loire. L’unité sidérurgique qui subsiste dépend maintenant d’Usinor Industeel ( 280 personnes environ). Parlons maintenant de la production. Il serait fastidieux de retracer cela depuis le début, voyons donc la dernière période. L’activité a été constituée par l’élaboration des aciers fins et spéciaux c’est à dire aciers alliés et aciers au carbone .Tous ces aciers ont été de hauts de gammes avec des spécificités particulières et parfois très exigeantes à la demande des clients. Les produits ont été : d’une part les tôles épaisses ou hyper lourdes d’une épaisseur supérieure à 50 mm, jusqu'à 4m500 de large et 50 tonnes de poids unitaire. Les clients furent: 1 la Marine Nationale (blindages du Dunkerque et divers bâtiments, blindage des ponts d’envol des Clemenceau et Foch, tôles pour les coques des sous-marins de grandes profondeurs à propulsion non classique (SNLE) 2 Les industries pétrochimiques : tôles pour autoclaves, hydrocrakers, etc.., 3 Le nucléaire : tôles de fond et de viroles de réacteurs nucléaires (Chinon, Tihange), 4 La grosse chaudronnerie : tôles pour les gros ballons de chaudières (E.D.F., Babcock, etc) tôles pour des stations pétrolières en Mer du Nord. Marrel avait dans le domaine de tôles épaisses et hyper lourdes une position de niveau mondial. et d’autre part les produits longs en barres à section rondes, carrées, etc.. pour l’automobile (Peugeot, Citroën), pour les industries mécaniques diverses (aciers de sécurité). Il faut ajouter que les deux porte hélices du paquebot France ont été forgés et usinés aux Etaings. La Direction estimait, dans les années 70, que la capacité de production était de 80.000Tonnes/an pour les tôles épaisses et de 150.000 tonnes/an pour les produits longs. Dans tout cela nous n’avons pas parlé de la chose la plus importante d’une usine qui est le facteur Humain ; dans l’immense majorité le personnel a été constituée par des hommes, les femmes ont occupé des emplois de bureau ou de service. Les travaux dans les ateliers dits à chaud ont comporté une pénibilité certaine. Les ateliers de production ont travaillé en 2 x 8 , 3 x 8, voir en continu 4 x 8. Le personnel a et a eu en son sein des marins et anciens marins, on relève parmi eux dans les périodes d’avant guerre 39-45 et d’après guerre : un ingénieur mécanicien dirigeant le hall des parachèvements produits longs, un contremaître chaudronnier, des professionnels ajusteurs, mécaniciens, électriciens, des techniciens de laboratoire, des ouvriers spécialisés de fabrication, un infirmier, un chef du service transports, etc. Une partie de ceux-ci ont été des adhérents de feu la section FLOTTE de Rive de Gier, les années ont passées, beaucoup ne sont plus là……
Guy Pingon
|